Pithiviers-Auschwitz


17 juillet 1942, 6h15

« Mais à présent, tout le monde, femmes, hommes, vieillards parfois, quelques malades et enfants (fillettes de 13 ans) hop ! embarqués … et moi avec. Je ne sais pas où j’irai. Dans l’Est en tout cas. ça fera mes grandes vacances. Je vais voir du pays. »
C’est du camp de Pithiviers, où il est interné, que Gérald Souweine, 15 ans, envoie cette lettre à sa famille. Dernière lettre. Le lendemain, 17 juillet 1942, Gérald et 927 autres Juifs sont déportés.

Ce convoi vers Auschwitz est le sixième de ceux qui sont partis de France entre le printemps 1942 et l’été 1944.

Aujourd’hui, dans ce livre, les témoins disent les arrestations et les rafles, l’internement dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande, enfin la déportation vers Auschwitz. Une mère, un père, un grand-père. Un frère ou une sœur, restés jeunes à jamais. Un parent qu’ils n’ont pas connu mais veulent préserver de l‘oubli.

Ils racontent aussi leur propre vie d’enfants juifs avant la guerre, dans cette France qu’aimaient leurs parents, étrangers pour la plupart. Puis comment eux-mêmes ont traversé les années de la persécution. Orphelins pour beaucoup, mais ne le sachant pas encore.

Pour plusieurs jeunes qui furent déportés par ce convoi 6, il n’y a plus personne qui puisse témoigner. Et seules des archives retrouvées, exhumées, ont permis de retracer ici leurs vies si brèves.

À chaque page de ce livre, des documents accompagnent ces témoignages et ces vies retracées. Des lettres, des photographies familiales, des objets qui ont la force du souvenir. Et aussi, dans leur sécheresse administrative, des fiches, des listes, des instructions, qui donnent à voir –  de la manière la plus précise et la plus tangible  – ce que fut la collaboration française à l’exclusion, à l’arrestation et à la déportation des Juifs de France.