Chère Edzia, chers enfants...

Tu sais, dans le métro, on n’a le droit de monter que dans le dernier wagon. Mais si tu savais comme on s’en fout…
… Avec nos insignes, nous étions fiers et marchions la tête haute, et lorsque l’on rencontrait un “monsieur”, on relevait la tête encore plus haut, et le sourire nous passions en le regardant droit dans les yeux, et eux baissaient la tête.

Lettre de Lucienne
9 juin 1942

« … Malgré les tourments physiques et moraux qu’ils nous font subir, ce n’est pas nous mais ce sont nos ennemis qui perdent la raison. Nous, nous devons être fiers. Dans d’autres circonstances, je les aurais plaints, mais ils se couvrent d’une telle crasse que le temps n’arrivera pas à la faire disparaître.
Nous finirons par les vaincre facilement car c’est justement notre entendement qui est sain. Donc ne cédons pas et restons fiers. Notre ennemi le sait, il baisse la tête, il a honte de regarder son ouvrage.
Quoique je voie qu’ils le comprennent d’eux-mêmes, insiste bien auprès des enfants qu’ils gardent la tête haute et qu’ils n’aient pas honte de se promener dans les rues avec l’étoile.
Que notre ennemi voit son travail, qu’il en ait honte, surtout que pour nous cela ne durera pas longtemps et que pour eux ils devront en supporter les conséquences pendant des générations. Donc pas de soucis, courage, ma chère, l’avenir nous appartient. Soyons aussi dignes que nos enfants. Que la honte que l’ennemi veut nous imposer retombe sur lui grâce à notre fierté et à nos sourires. Que notre ennemi explose. »

Lettre de Mordka, juin 1942